Auteur Maximiliano Duran

Notions général sur la langues Quechua

Origine du nom

Il a été jusqu’alors impossible de déterminer avec certitude la raison pour laquelle les premiers linguistes espagnols ont donné le nom de quechua à la langue des Inkas, alors que ceux-ci l'appelaient RUNASIMI (littéralement: la langue du peuple).

Certains pensent que ce mot est probablement la résultante d’une dérivation du mot JECHUA, ou Ccechuadans les écritures anciennes, qui signifie «tempérée».

E.W. Middendorf (2),  dans sa publication «langues aborigènes du Pérou» (Université de San Marcos 1959) avançait déjà que «aborigènes appelaient les régions hautes et froides des Andes COLLA, les vallées profondes et chaudes de la côte Est et des versants YUNGAS, et la région tempérée KESHWA, Quechua ou Quichua. L’Aymara étant parlé dans une grande partie du Colla, alors qu’à Cuzco, le Rusanimi dominait, les Espagnols, afin de permettre la distinction, par rapport au Colla, l’ont simplement baptisé la langue des Keshuas ou keshua».

German Pino (4) écrivait en 1980, dans son ouvrage Runasimi:«peut affirmer que le Runasimi est parlé avec pureté à Cuzco, Apurimac, Ayacucho et Huancavelica, lieux où jusqu’à présent il est conservé dans ses meilleures voies linguistiques». Il ajoute: «Quechua a été conservé dans toute sa pureté (de façon quelque peu relative puisqu’il a toujours assimilé quelques mots des peuples conquis, depuis le XI siècle, jusqu’au XVI  (1532), date à laquelle a eu lieu la découverte et la conquête du Pérou par l’Espagne. A partir de cette date, le Quechua a perdu son caractère officiel».

C’est pour ces raisons, que dans ces textes, nous écrirons Quechua ( à la place de Quechwa, Quichua, Jechua, Jeshua, Ccechua…) pour le francophones et kechwa quand nous écrirons en alphabet kechwa.

Une nécessaire simplification phonétique et graphique

La grammaire du quechua a pour but de nous enseigner à parler et écrire correctement la langue des Incas, le Runasimi,  qui traditionnellement est appelé Quechua en transcription castillane.

Pour l’écriture, nous allons suivre les conventions et règles présentées ci-après, qui à mon avis vont nous faciliter, l’écriture, la lecture et la prononciation.

L'alphabet Quechua

En matière d’orthographe, ou façon de transcrire les sons en lettres, l’idéal pour une langue est une lettre pour chaque phonation.. Pendant des siècles, les dramaturges, linguistes et écrivains ont essayé de trouver cette parfaite adéquation. 

L’idéal n’est pas atteint, mais on a beaucoup  avancé.

Nous préconisons, quant à nous, l’utilisation de l’alphabet espagnol, lui même inspiré de l’alphabet latin, dont les symboles nous serviront à traduire en graphies les sons ou phonèmes du quechua. 

Ainsi, notre alphabet pour le quechua, dérivé de l’alphabet espagnol pour des raisons de simplification, a uniquement 20 lettres, que nous présentons en minuscule dans la liste suivante.

a, b, ch, e, i, j, k, l,  ll, m, n, ñ, o, p, r, s, t, u, w, y.

Pour le lecteur francophone non hispanisant, nous remplacerons les lettres espagnoles à prononciation spécifiques par leur vocalisation française en toutes lettres. Ainsi, ch sera prononcé tch; j (jota) sera transcrit par r, ll le sera par lyi.  ñ (n surmonté du tilde), par les lettres françaises offrant la même prononciation : gn; le r roulé sera donné en phonétique par R majuscule, u se lira ou, et w se lira oue, oua, oui  pour we, wa, wi etc.

Prosodie, lexique, phonation et régions d'usage du quechua

Les variations en prosodie, lexique et phonation d'une région à une autre, dans les anciens territoires occupés par les Incas, sont relativement limitées. Nous pouvons distinguer deux blocs: l’un formé par Huancavelica, Ayacucho et Andahuaylas (et, avec certaine relativité, Otavalo en Equateur, ainsi qu’Oruro et Cochabamba en Bolivie), et l'autre par Abancay, Cuzco et Puno. Quant au vocabulaire, l’usage quotidien est légèrement différent : certains mots sont utilisés dans un bloc alors que leurs synonymes le sont dans l'autre. Dans la liste suivante, nous présentons les vocables les plus utilisés dans ces deux blocs.

Région Ayacucho Région Cuzco
waita : fleur
(ouaïta)
tika
yaku : eau
(ïakou)
unu
(ounou)
yachay : habiter
(ïatchaï)
tiyaï
mitu : boue
(mitou)
turu
(tourou)
wawa : enfant
(ouaoua)
ususi
(oussouri)
pani: sœur ñaña
(gnania)
sacha : arbre
(satcha)
mallki
(maillki)
utulu : coq
(outoulou)
kanka
(kannka)
chichi : seins
(tchitchi)
ñuñu
(gniougniou)
llullay : mentir
(liouliaï)
chaukay
(tchaoukaï)
tajsay: laver aitiy
(aïtyï)
rimaikuy : saluer
(rimakouï)
napay

et encore quelques autres. Je souligne qu’ils sont synonymes.

Quant à la prononciation, les différences sont aussi relativement peu nombreuses. Par exemple:

kachkani
(katchkani)
je suis kashani
pipaj
(pipar)
pour qui ? pipak
pitaj
(pitar)
qui ? pitak
rurachkanki
(RouRatchkannki)
tu fais ruashanki
(Rouachanki)
kachkan
(katchkann)
il est kashan
(katchann)
pichja
(pitchra)
cinq piska

dans la conjugaison de la première personne du pluriel, le suffixe à ajouter est CHIK dans le bloc Ayacucho, comme consigné dans la Gramatica o Arte de la Lengua General de Fray Domingo de SANTO TOMAS (8), tandis que dans le deuxième, on lui ajoute CHIS (sous influence espagnole de pluralisation par la s) , ainsi:

kanchik, kanchis

mikunchik, mikunchis

takichik, tankinchis

Pour une plus longue liste de différences et de synonymes entre le Quechua d’Ayacucho et ceux de Cuzco, Ancash et Huanuco, voir Mayorga (1) (p.28-30).

Ces types de nuances dans les vocables et la prononciation existent dans beaucoup de paysrégions du globe. Par exemple, à Paris on dit quatre-vingt (80) alors que à Bruxelles on préfère dire octante; on prononce pin pour le pain, à Paris, alors qu'à Marseille on dit pen. Ce n'est pas pour ces raisons que l'on doit conclure qu'il s'agit là de deux langues différentes, ou qu'une prononciation est vraie et l'autre fausse.

Au Pérou, il existe une fâcheuse tendance à affirmer que «Quechua de Cuzco est le vrai» et que les autres «faux», ou «des dialectes». Voici les faits historiques: les Incas, en commençant leurs expansion, vers 1300 de notre ère, ont cherché à remplacer les langues des ethnies conquises (le Chanka de Andahuaylas, le Pokra d'Ayacucho, le Wanka de Huancayo, le  Wari de Ancash, le Moche et le Chipcha au nord de Cuzco et l'Aymara de Bolivie) par le Quechua. Les premiers peuples conquis, les Chankas et les Pokras, ont subi une totale «», leur langue d'origine ayant été totalement remplacée par le Quechua de Cuzco qui lui-même venait de la région Chanka. Dans les autres régions, conquises plus tard, comme Huaraz plus au nord, ce remplacement de la langue n'avait pas totalement abouti lorsque les Espagnols sont arrivés, coupant ce développement. Ainsi, 80% du quechua de la région de Huaraz est le même que celui de Cuzco-ayacucho, mais environ 20% ne l'est pas.

Règle de prononciation pour le lecteur francophone

Regle

RÈGLE DE BASE : Pour la représentation écrite de la prononciation de mots quechua, nous allons utiliser comme référence la prononciation de l’alphabet en espagnol parlé en Amérique du Sud, spécialement dans les Andes . Ainsi  il est  conseillé, si possible, d’apprendre la prononciation des 20 lettres de l’alphabet, listés plus haut, en espagnol sud-américain, notamment la j (rota) , la ñ (gn) comme en Perpignan, la LL comme dans «(bilye)», la CH comme dans Chili (tchily).

Pour une prononciation du Quechua, la plus proche de celle d’un natif de la région d’Ayacucho  nous allons utiliser les transcriptions ou translittérations suivantes (qui apparaissent détaillées dans le vocabulaire, dans cet ouvrage) :

Regle

Règle 1 : pour produire le son du j  comme dans majta (garçon), jam (tu) nous écrivons  marta et ram. C’est à dire la jota espagnole est transcrite par r non roulé pour le francophone.

Regle

Règle 2 : pour produire le son de la lettre ñ nous utilisons la combinaison gn, comme dans «gne». Exemple : ñaña (sœur) est transcrit par gnagna, ñan (chemin) est transcrit par gnan.

Regle

Règle 3 : pour  produire le son LL nous utilisons la combinaison Lyi. Exemple : LLaki (peine) est transcrit par Lyiaky;  jello (jaune) est transcrit par reLyio.  LL c'est encore une lettre composée très fréquemment utilisée en Quechua, mais dont on ne trouve pas d'équivalent précis en français. Le plus proche serait dans l'expression «» , comme indiqué plus haut.

Regle

Règle 4 : pour  produire le son CH nous utilisons la combinaison tch. Exemple: chaka (pont) est transcrit par tchaka; chaki (pied) est transcrit par tchaky. 

Regle

Règle 5 : pour  produire le son du Y nous utilisons la ï. Exemple : joy (donner) est transcrit par roï; pai (lui)  est transcrit par paï.

Regle

Règle 6 : pour  produire le son du r roulé nous utilisons R, écrit en  majuscule, pour le différencier du r déjà réservé pour la prononciation du J. Exemple : jari (homme) est transcrit par raRy; riy (aller) est transcrit par Ryï.

Regle

Règle 7 : pour produire le son du S entre deux voyelles, nous utilisons systématiquement SS, comme dans asiy (rire) transcrit comme assyï . Le S en Quechua est  de sonorité douce, non sifflante.

Regle

Règle 8 : le u est transcrit par ou. Exemple kullu (bois) est transcrit kouLyiou; uma (tête) est transcrit par ouma ou puka (rouge) est transcrit pouka.

En effet, la voyelle u en quechua correspond au mieux à la combinaison ou en français.

Regle

Règle 9 : La lettre w contenue dans les mots quechua se lit oua, lu d'un seul trait, comme dans le mot américain Washington.  Nous la translittérons en toutes lettres: Ouachingtonn., ou «» comme dans «).

Exemples :

wata (année) est transcrit par ouata

ñawi (œil) est transcrit gnaoui

Regle

Règle 10 : La voyelle o en quechua doit être prononcée entre ou et o lus en français. Je serais inclin à lui remplacer par ö pour ces cas.

Regle

Règle 11 : Même chose pour les lettres i et e quechua, la prononciation correspond à un son intermédiaire entre le «e» et le «i» de l'espagnol sud-américain, nous allons privilégier une prononciation plus accentuée vers le «i». Pour ces cas aussi je serais favorable à lui remplacer  par ë.

Regle

Règle 12 : Dans la conversation l'accent tonique, dans environ 98% des cas d'un mot quechua est accentuée grave, c'est à dire sur la voyelle de l'avant dernière syllabe.

Pour des raisons didactiques, dans le but d‘habituer le lecteur à cette accentuation grave de la prononciation, cette accentuation (tonique) sera indiqué, dans les premières leçons de ce manuel, par la lettre écrite en majuscule.

Règles de d'écriture en Quechua

Dans le but de simplifier la lecture et la prononciation pour le grand public hispanophone, l'auteur a choisi d'écrire les mots quechua suivant la phonétique de l’espagnol sud-américain au lieu d’utiliser l’alphabet de la phonétique internationale. En effet, pour la prononciation ( à 95% près du réel) des mots quechua, dans le texte présent, il faut lire le mot écrit comme s'il s'agissait de le prononcer en espagnol sud-américain. Nous avons constaté de façon expérimentale qu’ainsi on se rapproche le mieux de la prononciation réelle quechua indigène. Après quelques essais nous avons fait lire nos textes écrits à plusieurs groupes de personnes notamment sud-américains et ensuite fait écouter cette prononciation par des quechuaphones qui ont compris sans problème 95% du contenu du paragraphe lu. Nous prions alors, nos lecteurs francophones s’adresser aux précédents règles 1-12 pour la prononciation de ces mots écrites ainsi.

Regle

Règle 13 : Nous écrirons les lettres et les mots comme ils sont ordinairement prononcés en espagnol sud-américain. Dans notre méthode d’apprentissage du quechua, le «écrit d’une façon, mais on parle d’une autre » n’existe pas: tout ce qui est écrit est prononcé et tout ce qui est prononcé est écrit. Ainsi, nous n’utilisons pas le h, laquelle ne se prononce pas en espagnol, ni en Français.

Exemples :

C'est une erreur d'écrire hatun comme en (7) (alors que le h ne ce prononce pas), pour le mot jatun (grand). Nous l'écrivons jatun (ratoun).

Regle

Règle 14 : La lettre j, qui est très importante dans la prononciation et par conséquent dans l'écriture quechua, donne l'essentiel de la sonorité gutturale caractéristique de cette langue. Le j espagnol (rota, prononcé en Français) est la lettre qui approche le mieux la prononciation glottique très fréquente dans le Quechua. Pour cette raison, nous remplacerons par le j les combinaisons "CC", ou "CQ", ou "Q" qui apparaissent dans beaucoup de traités sur cette langue. Ainsi, nous écrirons sumaj; joli, et non pas sumaq, sumacc, ni sumacq comme certains auteurs.

Dans le Français, il n’existe malheureusement pas d’équivalent à cette prononciation. Nous le rendrons, comme nous le disons plus haut, plus  proche à sa prononciation utilisant la lettre r, non roulé. Exemple: sumaj (soumar): joli.

Charge aux courageux d’apprendre sur place ou en Espagne à prononcer au mieux cette lettre exigeante.

Regle

Règle 15 : Le ch quechua sera toujours prononcé tch. La graphie sh, que l'on trouve chez de nombreux auteurs, sera réservée pour écrire le ch doux en français, comme dans le mot cheval, que l'on trouve très rarement en quechua., et plutôt pour les mots «és». Ainsi, nous écrivons Quechua (ketchoua) et non pas Keshwa (kechoua), comme le fait Middendorf, par exemple.

Regle

Règle 16 : On ne prononce pas le v, comme dans veuve, mais, comme la b espagnol. Cette dernière lettre est par ailleurs peu utilisée dans la langue des Incas (voir le vocabulaire, qui contient moins de dix mots pour cette lettre). On la trouve le plus souvent dans les toponymes : désignations de pays, de régions et de lieux géographiques. Exemple:  Urubamba (lieu des serpents); Antabamba (lieu du cuivre); Willkabamba (lieu sacré), etc. En faite c'est les premiers linguistes espagnol qui ont remplacé la p de pampa par b. Et bien évidemment dans beaucoup de mots espagnols adoptés depuis la colonisation, par besoin ou par perméabilité culturelle.

Exemples :

buis; bœuf (buey en espagnol); baca: vache (vaca en espagnol); barayoj(baRayor): autorité ou fonctionnaire qui porte un bâton de chef (de bara; bâton en espagnol)

.

En faite, la b a été utilisé par les colonisateurs pour remplacer la p. Exemple tampu dépôt (tampou) a été transformé en tambu et puis en tambo pour le rentre plus facile à prononcer par un espagnol.

Regle

Règle 17 : La lettre k vaut pour toutes les prononciations ordinairement rendues par c non suivi de e ou de i en français; K, Q et assimilés (ck, cc, etc.). Exemple : karu loin (karou), kiru (dent (kirou)

La k remplace aussi la combinaison qu en que, qui dans notre texte.

Regle

Règle 18 : Nous ne faisons pas usage non plus du «», ni du «» sauf dans la combinaison «», ni du «», ni du «», ni du «», ni du «» ni la «».  Par contre, nous le soulignons, nous utilisons le R écrit en majuscule dans le dictionnaire pour indiquer qu’il s’agit de le prononcer comme un R roulé.

Regle

Règle 19 : Nous réservons la  «» à la fin du vocable pour marquer l’infinitif d’un verbe. Pour la substantivation d’un verbe nous changeons ce «» par le «». Ex. mikuy (manger) deviens mikui (le repas).

Regle

Règle 20 : A l'intérieur d'un vocable, selon la prononciation du mot , nous écrivons «» ou «» selon le vocable et sa prononciation.  Si le son équivaut a une «» prononcé de façon soutenu ( comme si on prononcée trois fois cette vocal «»),  nous écrivons «» et non pas «i».  Ex. à cause de sa prononciation nous préférons écrire waita (ouaïta) (fleur) à la place de  waita (oua i ta).


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